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 Mahomet et l'Islamisme. - Revu Spirite 1866

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Choub
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MessageSujet: Mahomet et l'Islamisme. - Revu Spirite 1866   Ven 13 Fév - 2:07

REVUE SPIRITE 1866
JOURNAL
D'ÉTUDES PSYCHOLOGIQUES
__________________________________________________________________
9° ANNÉE. N° 8. AOÛT 1866.
__________________________________________________________________
Mahomet et l'Islamisme. [P.225]

Il y a quelquefois sur les hommes et sur les choses des opinions qui
s'accréditent et passent à l'état d'idées reçues, quelque erronées qu'elles
soient, parce qu'on trouve plus commode de les accepter toutes faites.
Ainsi en est-il de Mahomet et de sa religion, dont on ne connaît guère
que le côté légendaire. L'antagonisme des croyances, soit par esprit de
parti, soit par ignorance, s'est en outre plu à en faire ressortir les points
les plus accessibles à la critique, laissant souvent à dessein dans l'ombre
les parties favorables. Quant au public impartial et désintéressé, il faut
dire à sa décharge, qu'il a manqué des éléments nécessaires pour juger
par lui-même. Les ouvrages qui auraient pu l'éclairer, écrits dans une
langue à peine connue de quelques rares savants, lui étaient
inaccessibles ; et comme, en définitive, il n'y allait pour lui d'aucun
intérêt direct, il a cru sur parole ce qu'on lui en a dit, sans en demander
davantage. Il en est résulté que l'on s'est fait sur le fondateur de
l'islamisme des idées souvent fausses ou ridicules, basées sur des
préjugés qui ne trouvaient aucun correctif dans la discussion.
Les travaux persévérants et consciencieux de quelques savants
orientalistes modernes, tels que Caussin de Perceval, en France, le
docteur W. Muir, en Angleterre, G. Weil et Sprenger, en Allemagne,
permettent aujourd'hui d'envisager la question sous son véritable jour8
.

[8 M. Barthélemy Saint-Hilaire, de l'Institut, a résumé ces travaux dans un intéressant ouvrage
intitulé : Mahomet et le Coran. 1 vol. in-12. - Prix : 3 fr. 50 c. Librairie Didier.- 226 -]


Grâce à eux, Mahomet nous apparaît tout autre que ne
l'ont fait les récifs populaires. La place considérable que sa religion
occupe dans l'humanité, et son influence politique, font aujourd'hui de
cette étude une nécessité. La diversité des religions a été pendant
longtemps une des principales causes d'antagonisme entre les peuples ;
au moment où ils ont une tendance manifeste à se rapprocher, à faire
disparaître les barrières qui les séparent, il est utile de connaître ce qui,
dans leurs croyances, peut favoriser ou retarder l'application du grand
principe de fraternité universelle. De toutes les religions, l'islamisme est
celle qui, au premier abord, semble renfermer les plus grands obstacles à
ce rapprochement ; à ce point de vue, comme on le voit, ce sujet ne
saurait être indifférent aux Spirites, et c'est la raison pour laquelle nous
croyons devoir le traiter ici.
On juge toujours mal une religion, si l'on prend pour point de départ
exclusif ses croyances personnelles, car alors il est difficile de se
défendre d'un sentiment de partialité dans l'appréciation des principes.
Pour en comprendre le fort et le faible, il faut la voir d'un point plus
élevé, embrasser l'ensemble de ses causes et de ses effets. Si l'on se
reporte au milieu où elle a pris naissance, on y trouve presque toujours,
sinon une justification complète, du moins une raison d'être. Il faut
surtout se pénétrer de la pensée première du fondateur et des motifs qui
l'ont guidé. Loin de nous l'intention d'absoudre Mahomet de toutes ses
fautes, ni sa religion de toute les erreurs qui blessent le plus vulgaire bon
sens ; mais nous devons à la vérité de dire qu'il serait aussi peu logique
de juger cette religion d'après ce que le fanatisme en a fait, qu'il le serait
de juger le christianisme d'après la manière dont quelques chrétiens la
pratiquent. Il est bien certain que, si les musulmans suivaient en esprit le
Coran que le Prophète leur a donné pour guide, ils seraient, à plus d'un
égard, tout autres qu'ils ne sont. Cependant ce livre, si sacré pour eux,
qu'ils ne le touchent qu'avec respect, ils le lisent et relisent sans cesse ;
les fervents le savent même par cœur ; mais combien y en a-t-il qui le
comprennent ? Ils le commentent, mais au point de vue d'idées
préconçues, dont ils se feraient un cas de conscience de s'écarter ; ils n'y
voient donc que ce qu'ils veulent y voir. Le langage figuré permet
d'ailleurs d'y trouver tout ce qu'on veut, et les prêtres qui, là comme
ailleurs, gouvernent par la foi aveugle, ne cherchent pas à y trouver ce
qui pourraient les gêner. Ce n'est donc pas auprès des ulémas qu'il faut
aller s'enquérir de l'esprit de la loi de Mahomet.
Les chrétiens aussi ont l'Évangile, bien autrement explicite que le- 227 -
Coran, comme code de morale, ce qui n'empêche pas qu'au nom de ce
même Évangile, qui commande d'aimer même ses ennemis, on a torturé
et brûlé des milliers de victimes, et que d'une loi toute de charité on s'est
fait une arme d'intolérance et de persécution. Peut-on exiger que des
peuples encore à demi barbares fassent une interprétation plus saine de
leurs Écritures sacrées que ne le font des chrétiens civilisés ?
Pour apprécier l'œuvre de Mahomet, il faut remonter à la source,
connaître l'homme et le peuple qu'il s'était donné pour mission de
régénérer, et alors seulement on comprend que, pour le milieu où il
vivait, son code religieux était un progrès réel. Jetons d'abord un coup
d'œil sur la contrée.
De temps immémorial l'Arabie était peuplée d'une multitude de tribus,
presque toutes nomade, et perpétuellement en guerre les unes avec les
autres, suppléant par le pillage au peu de richesses que procurait un
travail pénible sous un climat brûlant. Les troupeaux étaient leur
principale ressource ; quelques-unes s'adonnaient au commerce qui se
faisait par caravanes partant chaque année du Sud pour aller en Syrie ou
en Mésopotamie. Le centre de la presqu'île étant à peu près inaccessible,
les caravanes s'éloignaient peu des bords de la mer ; les principales
suivaient le Hidjâz, contrée qui forme, sur les bords de la mer Rouge,
une bande étroite, longue de cinq cents lieues, et séparée du centre par
une chaîne de montagnes, prolongement de celles de la Palestine. Le
mot arabe Hidjâz signifie barrière, et se disait de la chaîne de montagnes
qui borde cette contrée et la sépare du reste de l'Arabie. Le Hidjâz et
l'Yémen au sud, sont les parties les plus fertiles ; le centre n'est à peu de
chose près qu'un vaste désert.
Ces tribus avaient établi des marchés où l'on se rendait de toutes les
parties de l'Arabie ; là se réglaient les affaires communes ; les tribus
ennemies échangeaient leurs prisonniers de guerre, et vidaient souvent
leurs différents par arbitres. Chose singulière, ces peuplades, toutes
barbares qu'elles étaient, se passionnaient pour la poésie. Dans ces lieux
de réunion, et pendant les intervalles de loisir que laissait le soin des
affaires, il y avait assaut entre les poètes les plus habiles de chaque
tribu ; le concours était jugé par les assistants, et c'était pour une tribu un
grand honneur de remporter la victoire. Les poésies d'un mérite
exceptionnel étaient transcrites en lettres d'or, et attachées aux murs
sacrés de la Caaba, à la Mecque, d'où leur est venu le nom de
Moudhahabat, ou poèmes dorés.- 228 -
Comme pour se rendre à ces marchés annuels et en revenir avec
sécurité il fallait un certain temps, il y avait quatre mois de l'année où les
combats étaient interdits, et où l'on ne pouvait inquiéter les caravanes et
les voyageurs. Combattre pendant ces mois réservés était regardé
comme un sacrilège qui provoquait les plus terribles représailles.
Les points de station des caravanes, qui s'arrêtaient dans les lieux où
elles trouvaient de l'eau et des arbres, devinrent des centres où se
formèrent peu à peu des villes, dont les deux principales, dans le Hidjâz,
sont la Mecque et Yathrib, aujourd'hui Médine.
La plupart de ces tribus prétendaient descendre d'Abraham ; aussi ce
patriarche était-il en grand honneur parmi elles. Leur langue, par ses
rapports avec l'hébreu, attestait en effet une communauté d'origine entre
le peuple arabe et le peuple juif ; mais il ne paraît pas moins certain que
le midi de l'Arabie a eu ses habitants indigènes.
C'était, parmi ces peuplades, une croyance tenue pour avérée que la
fameuse source de Zemzem, dans la vallée de la Mecque, était celle que
fit jaillir l'ange Gabriel, lorsque Agar, perdue dans le désert, allait périr
de soif avec son fils Ismaël. La tradition rapportait également
qu'Abraham, étant venu voir son fils exilé, avait construit de ses propres
mains, non loin de cette source, la Caaba, maison carrée de neuf
coudées de haut sur trente-deux de long et vingt-deux de large9
. Cette
maison, religieusement conservée, devint un lieu de grande dévotion,
que l'on se faisait un devoir de visiter, et qui fut transformée en temple.
Les caravanes s'y arrêtaient naturellement, et les pèlerins profitaient de
leur compagnie pour voyager avec plus de sécurité. C'est ainsi que les
pèlerinages de la Mecque ont existé de temps immémorial ; Mahomet
n'a fait que consacrer et rendre obligatoire un usage établi. Il eut pour
cela un but politique que nous verrons plus tard.
A l'un des angles extérieurs du temple était incrustée la fameuse pierre
noire, apportée des cieux, dit-on, par l'ange Gabriel, pour marquer le
point où doivent commencer les tournées que les pèlerins doivent
accomplir sept fois autour de la Caaba. On prétend que, dans l'origine,
cette pierre était d'une blancheur éblouissante, mais que les
attouchements des pécheurs l'ont noircie. Au dire des voyageurs qui l'ont
vue, elle n'a pas plus de six pouces de haut sur huit de

9
La coudée équivaut à environ 45 centimètres. C'est une mesure naturelle des plus anciennes,
et qui avait pour base la distance du coude à l'extrémité des doigts.- 229 -
long ; il paraîtrait que c'est un simple morceau de basalte, ou peut-être
un aérolithe, ce qui expliquerait son origine céleste selon les croyances
populaires.
La Caaba, construite par Abraham, n'avait pas de porte qui la fermât,
et elle était au niveau du sol ; détruite par l'irruption d'un torrent vers l'an
150 de l'ère chrétienne, elle fut reconstruite, et élevée au-dessus du sol
pour la mettre à l'abri de pareils accidents ; environ cinquante ans plus
tard, un chef de tribu de l'Yémen y mit une couverture d'étoffes
précieuses, et y fit poser une porte avec une serrure pour mettre en sûreté
les dons précieux qu'accumulait sans cesse la piété des pèlerins.
La vénération des Arabes pour la Caaba et le territoire qui
l'environnait était si grande, qu'ils n'avaient pas osé y construire
d'habitations. Cette enceinte si respectée, appelée le Haram, comprenait
toute la vallée de la Mecque, dont la circonférence est d'environ quinze
lieues. L'honneur de garder ce temple vénéré était très envié ; les tribus
se le disputaient, et le plus souvent cette attribution était un droit de
conquête. Au cinquième siècle, Cossayy, chef de la tribu des
Coraychites, cinquième ancêtre de Mahomet, étant devenu maître du
Haram, et ayant été investi du pouvoir civil et religieux, se fit construire
un palais à côté de la Caaba, et permit à ceux de sa tribu de s'y établir.
C'est ainsi que fut fondée la ville de la Mecque. Il paraît que ce fut lui
qui, le premier, fit mettre à la Caaba une couverture en bois. La Caaba
est aujourd'hui dans l'enceinte d'une mosquée, et la Mecque une ville
d'environ quarante mille habitants, après en avoir eu, dit-on, cent mille.
Dans le principe, la religion des Arabes consistait dans l'adoration d'un
Dieu unique, aux volontés duquel l'homme doit être complètement
soumis ; cette religion, qui était celle d'Abraham, s'appelait Islam, et
ceux qui la professaient se disaient Musulmans, c'est-à-dire soumis à la
volonté de Dieu. Mais peu à peu le pur Islam dégénéra en une grossière
idolâtrie ; chaque tribu eut ses dieux et ses idoles, qu'elle défendait à
outrance par les armes, pour prouver la supériorité de leur pouvoir ; ce
fut là, bien souvent entre elles, les causes ou le prétexte de guerres
longues et acharnées.
La foi d'Abraham avait donc disparu chez ces peuples, malgré le
respect qu'ils conservaient pour sa mémoire, ou du moins elle avait été
tellement défigurée, qu'elle n'existait plus en réalité. La vénération pour
les objets regardés comme sacrés était descendue au plus absurde
fétichisme ; le culte de la matière avait remplacé celui de- 230 -
l'esprit ; on attribuait un pouvoir surnaturel aux objets les plus vulgaires
consacrés par la superstition, à une image, une statue ; la pensée ayant
abandonné le principe pour son symbole, la piété n'était plus qu'une série
de pratiques extérieures minutieuses, dont la moindre infraction était
regardée comme un sacrilège.
Cependant on trouvait encore dans certaines tribus quelques
adorateurs du Dieu unique, hommes pieux qui pratiquaient la plus
entière soumission à sa volonté suprême, et repoussaient le culte des
idoles ; on les appelait Hanyfes ; c'étaient les vrais musulmans, ceux qui
avaient conservé la foi pure de l'Islam ; mais ils étaient peu nombreux et
sans influence sur l'esprit des masses. Des colonies juives s'étaient
depuis longtemps établies dans le Hydjâz et y avaient conquis un certain
nombre de prosélytes au judaïsme, principalement parmi les hanyfes. Le
christianisme y eut aussi ses représentants et ses propagateurs dans les
premiers siècles de notre ère, mais ni l'une ni l'autre de ces deux
croyances n'y produisirent des racines profondes et durables ; l'idolâtrie
était restée la religion dominante ; elle convenait mieux, par sa diversité,
à l'indépendance turbulente et à la division infinie des tribus, qui la
pratiquaient avec le plus violent fanatisme. Pour triompher de cette
anarchie religieuse et politique, il fallait un homme de génie, capable de
s'imposer par son énergie et sa fermeté, assez habile pour faire la part
des mœurs et du caractère de ces peuples, et dont la mission fût relevée à
leurs yeux par le prestige de ses qualités de prophète. Cet homme fut
Mahomet.
Mahomet est né à la Mecque le 27 août 570 de l'ère chrétienne, dans
l'année dite de l'éléphant. Ce n'était point, comme on le croit
vulgairement, un homme d'une condition obscure. Il appartenait, au
contraire, à une famille puissante et considérée de la tribu des
Coraychites, l'une des plus importantes de l'Arabie, et celle qui dominait
alors à la Mecque. On le fait descendre en ligne directe d'Ismaël, fils
d'Abraham, et d'Agar. Ses derniers ancêtres, Cossayy, Abd-Ménab,
Hachim et Abd-el-Moutalib son grand-père, s'étaient illustrés par
d'éminentes qualités et les hautes fonctions qu'ils avaient remplies. Sa
mère, Amina, était d'une noble famille coraychite et descendait aussi de
Cossayy. Son père Abd-Allah, étant mort deux mois avant sa naissance,
il fut élevé avec beaucoup de tendresse par sa mère, qui le laissa
orphelin à l'âge de six ans ; puis par son grand-père Abd-el-Moutalib,
qui l'affectionnait beaucoup et se plaisait souvent à lui prédire de hautes
destinées, mais qui, lui-même, mourut deux ans après.- 231 -
Malgré le rang qu'avait occupé sa famille, Mahomet passa son enfance
et sa jeunesse dans un état voisin de la misère ; sa mère lui avait laissé
pour tout héritage un troupeau de moutons, cinq chameaux et une fidèle
esclave noire, qui l'avait soigné, et pour laquelle il conserva toujours un
vif attachement. Après la mort de son grand-père il fut recueilli par ses
oncles, dont il garda les troupeaux jusqu'à l'âge de vingt ans ; il les
accompagnait aussi dans leurs expéditions guerrières contre les autres
tribus ; mais, étant d'une humeur douce et pacifique, il n'y prenait point
une part active, sans cependant fuir ni redouter le danger, et se bornait à
aller ramasser leurs flèches. Lorsqu'il fut parvenu au faîte de sa gloire, il
se plaisait à rappeler que Moïse et David, tous deux prophètes, avaient
été bergers comme lui.
Il avait l'esprit méditatif et rêveur ; son caractère, d'une solidité et
d'une maturité précoces, joint à une extrême droiture, à un parfait
désintéressement et à des mœurs irréprochables, lui acquirent une telle
confiance de la part de ses compagnons qu'ils le désignaient par le
surnom d'El-Amîn, « l'homme sûr, l'homme fidèle ; » et, quoique jeune
et pauvre, on le convoquait aux assemblées de la tribu pour les affaires
les plus importantes. Il faisait partie d'une association formée entre les
principales familles coraychites en vue de prévenir les désordres de la
guerre, de protéger les faibles et de leur faire rendre justice. Il se fit
toujours gloire d'y avoir concouru, et, dans les dernières années de sa
vie, il se regardait comme toujours lié par le serment qu'il avait prêté à
ce sujet dans sa jeunesse. Il disait qu'il était prêt à répondre à l'appel que
lui ferait l'homme le plus obscur au nom de ce serment, et qu'il ne
voudrait pas, pour les plus beaux chameaux de l'Arabie, manquer à la foi
qu'il avait jurée. Par ce serment, les associés juraient devant une divinité
vengeresse, qu'ils prendraient la défense des opprimés, et qu'ils
poursuivraient la punition des coupables tant qu'il y aurait une goutte
d'eau dans l'Océan.
Au physique, Mahomet était d'une taille un peu au-dessus de la
moyenne, fortement constitué ; la tête très grosse ; sa physionomie,
empreinte d'une gravité douce, sans être belle, était agréable et respirait
le calme et la tranquillité.
A l'âge de vingt-cinq ans il épousa sa cousine Khadidja, riche veuve,
plus âgée que lui d'au moins quinze ans, dont il avait conquis la
confiance par la probité intelligente qu'il avait déployée dans la conduite
d'une de ses caravanes. C'était une femme supérieure ; cette- 232 -
union, qui dura vingt-quatre ans et ne finit qu'à la mort de Khadidja, à
l'âge de soixante-quatre ans, fut constamment heureuse ; Mahomet en
avait alors quarante-neuf, et cette perte lui causa une douleur profonde.
Après la mort de Khadidja, ses mœurs chargèrent ; il épousa plusieurs
femmes ; il en eut jusqu'à douze ou treize en légitime mariage, et à sa
mort il laissa neuf veuves. Ce fut incontestablement là un tort capital,
dont nous verrons plus tard les fâcheuses conséquences.
Jusqu'à l'âge de quarante ans sa vie paisible n'offre rien de saillant. Un
seul fait le tira un instant de l'obscurité ; il avait alors trente-cinq ans.
Les Coraychites résolurent de rebâtir la Caaba, qui menaçait ruine. Ce
ne fut qu'à grande peine qu'on apaisa, par la répartition des travaux, les
différends suscités par la rivalité des familles qui voulaient y participer.
Ces différends se réveillèrent avec une extrême violence quand il s'agit
de replacer la fameuse pierre noire ; personne ne voulant céder son droit,
les travaux avaient été interrompus, et de toutes parts on courait aux
armes. Sur la proposition du doyen d'âge, on convint de s'en rapporter à
la décision de la première personne qui entrerait dans la salle des
délibérations : ce fut Mahomet. Dès qu'on le vit, chacun s'écria : « ElAmîn
! El-Amîn ! l'homme sûr et fidèle, » et l'on attendit son jugement.
Par sa présence d'esprit, il trancha la difficulté. Ayant étendu son
manteau par terre, il y posa la pierre, et pria quatre des principaux chefs
factieux de le prendre chacun par un coin et de l'élever tous ensemble
jusqu'à la hauteur que la pierre devait occuper, c'est-à-dire à quatre ou
cinq pieds au-dessus du sol. Il la prit alors et la posa de sa propre main.
Les assistants se déclarèrent satisfaits, et la paix fut rétablie.
Mahomet se plaisait à se promener seul aux environs de la Mecque, et,
chaque année, pendant les mois sacrés de trêve, il se retirait sur le mont
Hira, dans une grotte étroite, où il se livrait à la méditation. Il avait
quarante ans lorsque, dans une de ses retraites, il eut une vision pendant
son sommeil. L'ange Gabriel lui apparut, lui montrant un livre qu'il lui
enjoignait de lire. Trois fois Mahomet résista à cet ordre, et ce ne fut que
pour échapper à la contrainte exercée sur lui qu'il consentit à le lire. A
son réveil il sentit, dit-il, « qu'un livre avait été écrit dans son cœur. » Le
sens de cette expression est évident ; elle signifie qu'il avait eu
l'inspiration d'un livre ; mais plus tard elle fut prise à la lettre, comme il
arrive souvent des choses dites en langage figuré.
Un autre fait prouve à quelles erreurs d'interprétation peuvent- 233 -
conduire l'ignorance et le fanatisme. Mahomet dit quelque part, dans le
Coran : « N'avons-nous pas ouvert ton cœur, et ôté le fardeau de tes
épaules ? » Ces paroles rapprochées d'un accident arrivé à Mahomet
lorsqu'il était en nourrice, ont donné lieu à la fable, accréditée chez les
croyants, et enseignée par les prêtres comme un fait miraculeux, que
deux anges ont ouvert le ventre de l'enfant et enlevé de son cœur une
tache noire, signe du péché originel. Faut-il accuser Mahomet de ces
absurdités, ou ceux qui ne l'ont pas compris ? Il en est ainsi d'une foule
de contes ridicules sur lesquels on l'accuse d'avoir appuyé sa religion.
C'est pourquoi nous n'hésitons pas à dire qu'un chrétien éclairé et
impartial est plus à même de donner une saine interprétation du Coran
qu'un musulman fanatique.
Quoi qu'il en soit, Mahomet fut profondément troublé de sa vision,
qu'il s'empressa de raconter à sa femme. Étant retourné sur le mont Hira
en proie à la plus vive agitation, il se crut possédé des Esprits malins, et,
pour échapper au mal qu'il redoutait, il allait se précipiter du haut d'un
rocher, lorsqu'une voix partie du ciel se fit entendre et lui dit : « O
Mahomet ! tu es l'envoyé de Dieu ; je suis l'ange Gabriel. » Levant alors
les yeux, il vit l'ange sous une forme humaine qui disparut peu à peu à
l'horizon. Cette nouvelle vision ne fit qu'augmenter son trouble ; il en fit
part à Khadidja, qui s'efforça de le calmer ; mais, peu rassurée ellemême,
elle alla trouver son cousin Varaka, vieillard renommé pour sa
sagesse et converti au christianisme, qui lui dit : « Si ce que tu viens de
me dire est vrai, ton mari est visité par le grand Nâmous, qui jadis a
visité Moïse ; il sera le prophète de ce peuple. Annonce-le lui, et qu'il se
tranquillise. » A quelque temps de là, Varaka, ayant rencontré Mahomet,
se fit raconter ses visions par lui, et lui répéta les paroles qu'il avait dites
à sa femme, en ajoutant : « On te traitera d'imposteur ; on te chassera ;
on te combattra violemment. Que ne puis-je vivre jusqu'à cette heure
pour t'assister dans cette lutte ! »
Ce qui résulte de ces faits et de beaucoup d'autres, c'est que la mission
de Mahomet ne fut pas un calcul prémédité de sa part ; elle était avérée
pour d'autres qu'elle ne l'était pas encore pour lui ; il fut longtemps à en
être persuadé ; mais dès qu'il le fut, il la prit très au sérieux. Pour se
convaincre lui-même, il désirait une nouvelle apparition de l'ange, qui se
fit attendre deux ans selon les uns, et six mois selon d'autres. C'est cet
intervalle d'incertitude et d'hésitation que les musulmans appellent le
fitreh ; pendant tout ce temps son esprit fut en proie aux perplexités et
aux craintes les plus vives. Il lui semblait- 234 -
qu'il allait perdre la raison, et c'était aussi l'opinion de quelques-uns de
ceux qui l'entouraient. Il était sujet à des défaillances et à des syncopes
que des écrivains modernes ont attribuées, sans autres preuves que leur
opinion personnelle, à des attaques d'épilepsie, et qui pourraient bien
plutôt être l'effet d'un état extatique, cataleptique ou somnambulique
spontané. Dans ces moments de lucidité extracorporelle, il se produit
souvent, comme on le sait, des phénomènes étranges dont le Spiritisme
rend parfaitement compte. Aux yeux de certaines gens, il devait passer
pour fou ; d'autres voyaient dans ces phénomènes, singuliers pour eux,
quelque chose de surnaturel qui plaçait l'homme au-dessus de
l'humanité. « Quand on admet l'action le la Providence sur les affaires
humaines, dit M. Barthélemy Saint-Hilaire (page 102), on ne peut se
refuser à la trouver aussi dans ces intelligences dominatrices qui
apparaissent, de loin en loin, pour éclairer et conduire le reste des
hommes. »
Le Coran n'est point une œuvre écrite par Mahomet, à tête reposée et
d'une manière suivie, mais le relevé fait par ses amis des paroles qu'il
prononçait quand il était inspiré. Dans ces moments, dont il n'était point
le maître, il tombait dans un état extraordinaire et très effrayant ; la sueur
coulait de son front ; ses yeux devenaient rouges de sang ; il poussait des
gémissements, et la crise se terminait le plus souvent par une syncope
qui durait plus ou moins longtemps, ce qui lui arrivait quelquefois au
milieu de la foule, et même quand il était sur son chameau, aussi bien
que dans sa maison. L'inspiration était irrégulière et instantanée, et il ne
pouvait prévoir le moment où il en serait saisi.
D'après ce que nous connaissons aujourd'hui de cet état par une foule
d'exemples analogues, il est probable que, dans le principe surtout, il
n'avait pas conscience de ce qu'il disait, et que si ses paroles n'eussent
pas été recueillies, elles auraient été perdues ; mais plus tard, quand il
eut pris au sérieux son rôle de réformateur, il est évident qu'il parla plus
en connaissance de cause, et mêla aux inspirations le produit de ses
propres pensées, selon les lieux et les circonstances, les passions ou les
sentiments qui l'agitaient, en vue du but qu'il voulait atteindre, tout en
croyant, peut-être de bonne foi, parler au nom de Dieu.
Ces fragments détachés, recueillis à diverses époques, et au nombre de
114, forment dans le Coran autant de chapitres appelés sourates ; ils
restèrent épars pendant sa vie, et ce ne fut qu'après sa mort qu'ils furent
rassemblés en corps officiel de doctrine, par les soins d'Abou-- 235 -
Becr et d'Omar. De ces inspirations soudaines, recueillies à mesure
qu'elles avaient lieu, est résulté un défaut absolu d'ordre et de méthode ;
les sujets les plus disparates y sont traités pêle-mêle, souvent dans la
même sourate, et présentent une telle confusion et de si nombreuses
répétitions, qu'une lecture suivie en est pénible et fastidieuse pour tout
autre que les fidèles.
Selon la croyance vulgaire, devenue article de foi, les feuilles du
Coran ont été écrites dans le ciel et apportées toutes faites à Mahomet
par l'ange Gabriel, parce que dans un passage il est dit : « Ton Seigneur
est puissant et miséricordieux, et le Coran est une révélation du maître
de l'univers. L'Esprit fidèle (l'ange Gabriel) l'a apporté d'en haut, et l'a
déposé en ton cœur, ô Mahomet, pour que tu fusses apôtre. » Mahomet
s'exprime de la même manière à l'égard du livre de Moïse et de
l'Évangile ; il dit (sourate III, verset 2) : « Il a fait descendre d'en haut le
Pentateuque et l'Évangile, pour servir de direction aux hommes ; »
voulant dire par là que ces deux livres avaient été inspirés par Dieu à
Moise et à Jésus, comme il lui avait inspiré le Coran.
Ses premières prédications furent secrètes pendant deux ans, et dans
cet intervalle il rallia une cinquantaine d'adeptes parmi les membres de
sa famille et ses amis. Les premiers convertis à la foi nouvelle furent
Khadidja, sa femme ; Ali, son fils adoptif, âgé de dix ans ; Zeïd, Varaka
et Abou-Becr, son ami le plus intime, qui devait être son successeur. Il
avait quarante-trois ans quand il commença à prêcher publiquement, et
dès ce moment se réalisa la prédiction que lui avait faite Varaka. Sa
religion, fondée sur l'unité de Dieu et la réforme de certains abus, étant
la ruine de l'idolâtrie et de ceux qui en vivaient, les Coraychites,
gardiens de la Caaba et du culte national, se soulevèrent contre lui.
D'abord on le traita de fou ; puis on l'accusa de sacrilège ; on ameuta le
peuple ; on le poursuivit, et la persécution devint si violente que ses
partisans durent, par deux fois, chercher un refuge en Abyssinie.
Cependant, aux outrages il opposait toujours le calme, le sang-froid et la
modération. Sa secte grandissait, et ses adversaires, voyant qu'ils ne
pouvaient la réduire par la force, résolurent de le discréditer par la
calomnie. La raillerie et le ridicule ne lui furent pas épargnés. Les
poètes, comme on l'a vu, étaient nombreux chez les Arabes ; ils
maniaient habilement la satire, et leurs vers étaient lus avec avidité ;
c'était le moyen employé par la critique malveillante, et l'on ne manqua
pas de s'en servir contre lui. Comme il résistait à tout, ses ennemis
eurent enfin recours aux- 236 -
complots pour le faire périr, et il ne put échapper que par la fuite au
danger qui le menaçait. C'est alors qu'il se réfugia à Yathrib, appelé
depuis Médine (Médinet-en-Nabi, ville du Prophète), l'an 622, et c'est de
cette époque que date l'Hégire ou ère des musulmans. Il avait envoyé
d'avance dans cette ville, par petites troupes pour ne pas éveiller les
soupçons, tous ses partisans de la Mecque, et il se retira le dernier, avec
Abou-Becr et Ali, ses disciples les plus dévoués, quand il sut les autres
en sûreté.
De cette époque date aussi pour Mahomet une nouvelle phase dans
son existence ; de simple prophète qu'il était, il fut contraint de se faire
guerrier.
La suite au prochain numéro.)
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Choub
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MessageSujet: Re: Mahomet et l'Islamisme. - Revu Spirite 1866   Ven 13 Fév - 2:08

__REVUE SPIRITE
JOURNAL
D'ÉTUDES PSYCHOLOGIQUES
________________________________________________________________
9° ANNÉE. N° 11. NOVEMBRE 1866.
__________________________________________________________________
Mahomet et l'Islamisme. [P.321]

(2eme article. – Voir le n° d'août 1866.)


C'est à Médine que Mahomet fit construire la première mosquée, à
laquelle il travailla de ses propres mains, et qu'il organisa un culte
régulier ; il y prêcha peur la première fois en 623. Toutes les mesures
prises par lui témoignaient de sa sollicitude et de sa prévoyance : « Un
trait caractéristique à la fois de l'homme et de son temps, dit M.
Barthélemy Saint-Hilaire, c'est le choix que Mahomet dut faire de trois
poètes de Médine, chargés officiellement de le défendre contre les
satires des poètes mecquois. Ce n'était probablement pas que l'amourpropre
fût plus excitable en lui qu'il ne convenait, mais chez une nation
spirituelle et vive, ces attaques avaient un retentissement analogue à
celui que les journaux peuvent avoir de nos jours, et elles étaient fort
dangereuses. »
Nous avons dit que Mahomet fut contraint de se faire guerrier ; en
effet, il n'avait nullement l'humeur belliqueuse, ainsi qu'il l'avait prouvé
par les cinquante premières années de sa vie. Or, deux ans à peine
s'étaient écoulés depuis son séjour à Médine, que les Coraychites de la
Mecque, coalisés avec les autres tribus hostiles, vinrent assiéger la ville.
Mahomet dut se défendre ; dès lors commença pour lui la période
guerrière qui dura dix ans, et pendant laquelle il se montra surtout
tacticien habile. Chez un peuple dont la guerre était l'état normal, qui ne
connaissait de droit que celui de la force, il fallait au chef de la nouvelle
religion le prestige de la victoire pour asseoir son autorité, même sur ses
partisans. La persuasion avait peu d'empire sur ces populations
ignorantes et turbulentes ; une trop grande mansuétude eût été prise pour
de la faiblesse. Dans leur pensée, le Dieu fort ne pouvait se manifester
que par un homme fort, et le- 322 -
Christ avec son inaltérable douceur, eût échoué dans ces contrées.
Mahomet fut donc guerrier par la force des circonstances, bien plus
que par son caractère, et il aura toujours le mérite de n'avoir pas été le
provocateur. Une fois la lutte engagée, il lui fallait vaincre ou périr ; à
cette condition seule, il pouvait être accepté comme l'envoyé de Dieu ; il
fallait que ses ennemis fussent terrassés pour se convaincre de la
supériorité de son Dieu sur les idoles qu'ils adoraient. A l'exception d'un
des premiers combats où il fut blessé, et les Musulmans défaits, en 625,
ses armes furent constamment victorieuses, et, dans l'espace de quelques
années, il soumit l'Arabie entière à sa loi. Lorsqu'il vit son autorité assise
et l'idolâtrie anéantie, il se rendit triomphalement à la Mecque, après dix
ans d'exil, suivi de près de cent mille pèlerins, et y accomplit le célèbre
pèlerinage dit d'adieu, dont les Musulmans ont scrupuleusement
conservé les rites. Il mourut la même année, deux mois après son retour
à Médine, le 8 juin 632, à l'âge de soixante-deux ans.
Il faut juger Mahomet par l'histoire authentique et impartiale, non
d'après les légendes ridicules que l'ignorance et le fanatisme ont
répandues sur son compte, ou les peintures qu'en ont faites ceux qui
avaient intérêt à le discréditer en le présentant comme un ambitieux
sanguinaire et cruel. Il ne faut pas non plus le rendre responsable des
excès de ses successeurs qui voulurent conquérir le monde à la foi
musulmane le sabre à la main. Sans doute, il y a eu de grandes taches
dans la dernière période de sa vie ; on peut lui reprocher d'avoir en
quelques circonstances abusé du droit du vainqueur, et de n'avoir pas
toujours agi avec toute la modération désirable. Cependant, à côté de
quelques actes que notre civilisation réprouve, il faut dire, à sa décharge,
qu'il s'est montré bien plus souvent humain et clément envers ses
ennemis que vindicatif, et qu'il a maintes fois donné les preuves d'une
véritable grandeur d'âme. Il faut reconnaître aussi qu'au milieu même de
ses succès, et alors qu'il était arrivé au plus haut point de sa gloire, il
s'est, jusqu'à son dernier jour, renfermé dans son rôle de prophète, sans
jamais usurper une autorité temporelle despotique ; il ne s'est fait ni roi,
ni potentat, et jamais, dans la vie privée, il ne s'est souillé d'aucun acte
de froide barbarie, ni de basse cupidité ; il a toujours vécu simplement,
sans faste et sans luxe, se montrant bon et bienveillant pour tout le
monde. Ceci est de l'histoire.
Si l'on se reporte au temps et au milieu où il vivait, si l'on considère
surtout les persécutions dont lui et les siens furent l'objet, l'acharnement
de ses ennemis, et les actes de barbarie que ceux-ci commirent sur ses
partisans, peut-on s'étonner que dans l'enivrement de sa victoire il ait
parfois usé de représailles ? Est-on bien venu à lui reprocher d'avoir
établi sa religion par le fer, chez un peuple barbare- 323 -
qui le combattait, quand la Bible enregistre, comme des faits glorieux
pour la foi, des boucheries d'une atrocité telle qu'on est tenté de les
prendre pour des légendes ? Quand, mille ans après lui, dans les contrées
civilisées de l'Occident, des chrétiens, qui avaient pour guide la sublime
loi du Christ, se ruant sur de paisibles victimes, étouffaient les hérésies
par les bûchers, les tortures, les massacres, et dans des flots de sang ?
Si le rôle guerrier de Mahomet fut une nécessité pour lui, et si ce rôle
peut l'excuser de certains actes politiques, il n'en est pas de même sous
d'autres rapports. Jusqu'à l'âge de cinquante ans, et tant que vécut sa
première femme Khadidja, de quinze ans plus âgée que lui, ses mœurs
furent irréprochables ; mais de ce moment ses passions ne connurent
aucun frein, et c'est incontestablement pour justifier l'abus qu'il en fit,
qu'il consacra la polygamie dans sa religion. Ce fut son tort le plus
grave, car c'est une barrière qu'il a élevée entre l'islamisme et le monde
civilisé ; aussi sa religion n'a-t-elle pu, après douze siècles, franchir les
limites de certaines races. C'est aussi le côté par lequel son fondateur se
rabaisse le plus à nos yeux ; les hommes de génie perdent toujours de
leur prestige quand ils se laissent dominer par la matière ; ils grandissent
au contraire d'autant plus qu'ils s'élèvent davantage au-dessus des
faiblesses de l'humanité.
Cependant le dérèglement des mœurs était tel à l'époque de Mahomet,
qu'une réforme radicale était bien difficile chez des hommes habitués à
se livrer à leurs passions avec une brutalité bestiale ; on peut donc dire
qu'en réglementant la polygamie, il a mis des bornes au désordre et
arrêté des abus bien plus graves ; mais la polygamie n'en restera pas
moins le ver rongeur de l'Islamisme, parce qu'elle est contraire aux lois
de la nature. Par l'égalité numérique des sexes, la nature elle-même a
tracé la limite des unions. En permettant quatre femmes légitimes,
Mahomet n'a pas songé que, pour que sa loi devînt celle de l'universalité
des hommes, il faudrait que le sexe féminin fût au moins quatre fois plus
nombreux que le sexe masculin.
Malgré ses imperfections, l'islamisme n'en a pas moins été un grand
bienfait à l'époque où il a paru et pour le pays où il pris naissance, car il
a fondé le culte de l'unité de Dieu sur les ruines de l'idolâtrie. C'était la
seule religion possible pour ces peuples barbares auxquels il ne fallait
pas demander de trop grands sacrifices à leurs idées et à leurs coutumes.
Il leur fallait quelque chose de simple comme la nature au milieu de
laquelle ils vivaient ; la religion chrétienne avait trop de subtilités
métaphysiques ; aussi toutes les tentatives faites pendant cinq siècles
pour l'implanter dans ces contrées, avaient complètement échoué ; le
judaïsme même, trop ergoteur, y avait fait peu de prosélytes parmi les
Arabes, quoique les Juifs proprement dits y fussent assez nombreux.
Mahomet, supérieur à ceux de sa race, avait compris- 324 -
les hommes de son temps ; pour les tirer de l'abaissement dans lequel les
maintenaient de grossières croyances descendues à un stupide
fétichisme, il leur donna une religion appropriée à leurs besoins et à leur
caractère. Cette religion était la plus simple de toutes : « Croyance en un
Dieu unique, tout-puissant, éternel, infini, présent partout, clément et
miséricordieux, créateur des cieux, des anges et de la terre, Père de
l'homme, sur lequel il veille et qu'il comble de biens ; rémunérateur et
vengeur dans une autre vie, où il nous attend pour nous récompenser ou
nous punir selon nos mérites ; voyant nos actions les plus secrètes, et
présidant à la destinée entière de ses créatures qu'il n'abandonne pas un
seul instant, ni dans ce monde, ni dans l'autre ; soumission la plus
humble et confiance absolue en sa volonté sainte : » voilà les dogmes.
Pour le culte, il consiste dans la prière répétée cinq fois par jour, le
jeûne et les mortifications du mois de rhamadan, et dans certaines
pratiques, dont plusieurs avaient un but hygiénique, mais dont Mahomet
fit une obligation religieuse, telles que les ablutions quotidiennes,
l'abstention du vin, des liqueurs enivrantes, de la chair de certains
animaux, et que les fidèles se font un cas de conscience d'observer dans
les plus minutieux détails. Le vendredi fut adopté pour le saint jour de la
semaine, et la Mecque indiquée comme le point vers lequel tout
Musulman doit se tourner en priant. Le service public dans les mosquées
consiste en prières en commun, sermons, lecture et explication du
Coran. La circoncision n'a pas été instituée par Mahomet, mais
conservée par lui ; elle était pratiquée de temps immémorial chez les
Arabes. La défense de reproduire par la peinture ou la sculpture aucun
être vivant, hommes et animaux, a été faite en vue de détruire l'idolâtrie,
et d'empêcher qu'elle ne se renouvelât. Enfin, le pèlerinage de la
Mecque, que tout fidèle doit accomplir au moins une fois dans sa vie, est
un acte religieux ; mais il avait un autre but à cette époque, un but
politique, celui de rapprocher par un lien fraternel les diverses tribus
ennemies, en les réunissant dans un commun sentiment de piété sur un
même lieu consacré.
Au point de vue historique, la religion musulmane admet l'Ancien
Testament dans son entier jusqu'à Jésus-Christ inclusivement, qu'elle
reconnaît comme prophète. Selon Mahomet, Moïse et Jésus étaient des
envoyés de Dieu pour enseigner la vérité aux hommes ; l'Evangile, de
même que la loi du Sinaï, est la parole de Dieu ; mais les Chrétiens en
ont détourné le sens. Il déclare, en termes explicites, qu'il n'apporte ni
croyances nouvelles, ni culte nouveau, mais qu'il vient rétablir le culte
du Dieu unique professé par Abraham. Il ne parle qu'avec respect des
patriarches et des prophètes qui l'ont précédé : Moïse, David, Isaïe,
Ézéchiel et Jésus-Christ ; du Pentateuque, des Psaumes et de l'Evangile.
Ce sont les livres qui ont devancé et- 325 -
préparé le Coran. Loin de cacher les emprunts qu'il leur fait, il s'en
vante, et leur grandeur est le fondement de la sienne. On peut juger de
ses sentiments et du caractère de ses instructions par le fragment suivant
du dernier discours qu'il prononça à la Mecque lors du pèlerinage
d'adieu, peu de temps avant sa mort, et conservé dans l'ouvrage d'IbnIshâc
et d'Ibn-Ishâm :
« O peuples ! écoutez mes paroles ; car je ne sais si, une autre année,
je pourrai me retrouver encore avec vous dans ce lieu. Soyez humains et
justes entre vous. Que la vie et la propriété de chacun soient inviolables
et sacrées pour les autres ; que celui qui a reçu un dépôt le rende
fidèlement à qui le lui a remis. Vous paraîtrez devant votre Seigneur, et
il vous demandera compte de vos actions. Traitez bien les femmes, elles
sont vos aides, elles ne peuvent rien par elles seules. Vous les avez
prises comme un bien que Dieu vous a confié, et vous avez pris
possession d'elles par des paroles divines.
« O peuples ! écoutez mes paroles et fixez-les dans vos esprits. Je
vous ai tout révélé ; je vous laisse une loi qui vous préservera à jamais
de l'erreur, si vous y restez fidèlement attachés ; une loi claire et
positive, le livre de Dieu et l'exemple de son prophète.
« O peuples ! écoutez mes paroles, et fixez-les dans vos esprits.
Sachez que tout Musulman est le frère de l'autre ; que tous les
Musulmans sont frères entre eux, que vous êtes tous égaux entre vous, et
que vous n'êtes qu'une famille de frères. Gardez-vous de l'injustice ;
personne ne doit la commettre au détriment de son frère : elle
entraînerait votre perte éternelle.
« O Dieu ! ai-je rempli mon message et terminé ma mission ? - La
foule qui l'entourait répondit : « Oui, tu l'as accomplie. » Et Mahomet
s'écria : O Dieu, daigne recevoir ce témoignage ! »
Voici maintenant le jugement que porte sur Mahomet, et l'influence de
sa doctrine, un de ses historiographes, M. G. Weil, dans son ouvrage
allemand intitulé : Mohammet der Prophet, pages 400 et suivantes :
« La doctrine de Dieu et des saintes destinées de l'homme, prêchée par
Mahomet dans un pays qui était livré à la plus brutale idolâtrie, et qui
avait à peine une idée de l'immortalité de l'âme, doit d'autant plus nous
réconcilier avec lui, malgré ses faiblesses et ses fautes, que sa vie
particulière ne pouvait exercer sur ses adhérents aucune influence
fâcheuse. Loin de se donner jamais pour modèle, il voulait toujours
qu'on le regardât comme un être privilégié, à qui Dieu permettait de se
mettre au-dessus de la loi commune ; et, de fait, on l'a considéré de plus
en plus sous ce jour spécial.
« Nous serions injustes et aveugles, si nous ne reconnaissions pas que
son peuple lui doit encore autre chose de vrai et de bien. Il a réuni en
une seule grande nation, croyant fraternellement à Dieu, les- 326 -
tribus innombrables des Arabes jusque-là ennemies entre elles. A la
place du plus violent arbitraire, du droit de la force, et de la lutte
individuelle, il a mis un droit inébranlable, qui, malgré ses
imperfections, forme toujours la base de toutes les lois de l'Islamisme. Il
a limité la vengeance du sang qui, avant lui, s'étendait jusqu'aux parents
les plus éloignés, et il l'a bornée à celui-là seul que les juges
reconnaissaient pour meurtrier. Il a bien mérité surtout du beau sexe,
non-seulement en protégeant les filles contre l'atroce coutume qui les
faisait souvent immoler par leurs pères ; mais en outre, en protégeant les
femmes contre les parents de leurs maris, qui en héritaient comme d'une
chose matérielle, et en les défendant contre les mauvais traitements des
hommes. Il a restreint la polygamie, en ne permettant aux croyants que
quatre femmes légitimes, au lieu de dix, comme c'était l'usage, surtout à
Médine. Sans avoir entièrement émancipé les esclaves, il leur a été bon
et utile de bien des manières. Pour les pauvres, il a non-seulement
recommandé toujours la bienfaisance à leur égard, mais il a
formellement établi un impôt en leur faveur, et il leur a fait une part
spéciale dans le butin et le tribut. En défendant le jeu, le vin et toutes les
boissons enivrantes, il a prévenu bien des vices, bien des excès, bien des
querelles et bien des désordres.
« Quoique nous ne regardions pas Mahomet comme un vrai prophète,
parce qu'il a employé pour propager sa religion des moyens violents et
impurs, parce qu'il a été trop faible pour se soumettre lui-même à la loi
commune, et parce qu'il s'appelait le sceau des prophètes, tout en
déclarant que Dieu pouvait toujours remplacer ce qu'il avait donné par
quelque chose de mieux, il a le mérite, néanmoins, d'avoir fait pénétrer
les plus belles doctrines de l'Ancien et du Nouveau Testament chez un
peuple qui n'était éclairé par aucun rayon de la foi, et il doit à ce titre
paraître, même à des yeux non mahométans, comme un envoyé de
Dieu. »
Comme complément de cette étude, nous citerons quelques passages
textuels du Coran, empruntés à la traduction de Savary :
Au nom du Dieu clément et miséricordieux. - Louange à Dieu, souverain des
mondes. - La miséricorde est son partage. - Il est le roi au jour du jugement. - Nous
t'adorons, Seigneur, et nous implorons ton assistance. – Dirige-nous dans le sentier
du salut, - dans le sentier de ceux que tu as comblés de tes bienfaits ; - de ceux qui
n'ont point mérité ta colère et se sont préservés de l'erreur. (Introduction, Sourate
I.)
O mortels, adorez le Seigneur qui vous a créés, vous et vos pères, afin que vous
le craigniez ; qui vous a donné la terre pour lit, et le ciel pour toit ; qui a fait
descendre la pluie des cieux pour produire tous les fruits dont vous vous
nourrissez. Ne donnez point d'associé au Très-Haut ; vous le savez. (Sourate II, v.
19 et 20.)
Pourquoi ne croyez-vous pas à Dieu ? Vous étiez morts, il vous a donné la vie ;
il éteindra vos jours, et il en rallumera le flambeau. Vous retourne-- 327 -
rez à lui. - Il créa pour votre refuge tout ce qui est sur la terre. Portant ensuite ses
regards vers le firmament, il forma les sept cieux. C'est lui dont la science
embrasse l'univers. (Sourate II, v. 26, 27.)
L'Orient et l'Occident appartiennent à Dieu ; vers quelque lieu que se tournent
vos regards, vous rencontrerez sa face. Il remplit l'univers de son immensité et de
sa science. - Il a formé la terre et les cieux. Veut-il produire quelque ouvrage ? il
dit : « Sois fait ; » et l'ouvrage est fait. - Les ignorants disent : « Si Dieu ne nous
parle, ou si tu ne nous fais voir un miracle, nous ne croirons point. » Ainsi
parlaient leurs pères ; leurs cœurs sont semblables. Nous avons fait éclater assez de
prodiges pour ceux qui ont la foi. (Sourate II, v. 109 à 112.)
Dieu n'exigera de chacun de nous que suivant ses forces. Chacun aura en sa
faveur ses bonnes œuvres, et contre lui le mal qu'il aura fait. Seigneur, ne nous
punis pas des fautes commises par oubli. Pardonne-nous nos péchés ; ne nous
impose pas le fardeau qu'ont porté nos pères. Ne nous charge pas au-dessus de nos
forces. Fais éclater pour tes serviteurs le pardon et l'indulgence. Aie compassion de
nous ; tu es notre secours. Aide-nous contre les nations infidèles. (Sourate II, v.
296.)
O Dieu, roi suprême, tu donnes et tu ôtes à ton gré les couronnes et le pouvoir.
Tu élèves et tu abaisses les humains à ta volonté ; le bien est dans tes mains : tu es
le Tout-Puissant. - Tu changes le jour en nuit, et la nuit en jour. Tu fais sortir la vie
du sein de la mort, et la mort du sein de la vie. Tu verses tes trésors infinis sur ceux
qu'il te plaît. (Sourate III, v. 25 et 26.)
Ignorez-vous combien de peuples nous avons fait disparaître de la face de la
terre ? Nous leur avions donné un empire plus stable que le vôtre. Nous envoyions
les nuages verser la pluie sur leurs campagnes ; nous y faisions couler des fleuves.
Leurs crimes seuls ont causé leur ruine. Nous les avons remplacés par d'autres
nations. (Sourate VI, v. 6.)
C'est à Dieu que vous devez le sommeil de la nuit et le réveil du matin. Il sait ce
que vous faites pendant le jour. Il vous laisse accomplir la carrière de la vie. Vous
reparaîtrez devant lui, et il vous montrera vos œuvres. – Il domine sur ses
serviteurs. Il vous donne pour gardiens des anges chargés de terminer vos jours au
moment prescrit. Il exécute soigneusement l'ordre du ciel. – Vous retournerez
ensuite devant le Dieu de vérité. N'est-ce pas à lui qu'il appartient de juger ? Il est
le plus exact des juges. - Qui vous délivre des tribulations de la terre et des mers,
lorsque, l'invoquant en public ou dans le secret de vos cœurs, vous vous écriez :
« Seigneur, si tu écartes de nous ces maux, nous en serons reconnaissants ? » -
C'est Dieu qui vous en délivre. C'est sa bonté qui vous soulage de la peine qui vous
oppresse ; et ensuite vous retournez à l'idolâtrie. (Sourate VI, v. 60 à 64.)
Tous les secrets sont dévoilés à ses yeux ; il est grand le Très-Haut. - Celui qui
parle dans le secret, celui qui parle en public, celui qui s'enveloppe des ombres de
la nuit et celui qui paraît au grand jour, lui sont également connus. – C'est lui qui
fait briller la foudre à vos regards pour vous inspirer la crainte et l'espérance. C'est
lui qui élève les nuages chargés de pluie. - Le tonnerre célèbre ses louanges. Les
anges tremblent en sa présence. Il lance la foudre, et elle frappe les victimes
marquées. Les hommes disputent de Dieu, mais il est le fort et le puissant. - Il est
l'invocation véritable. Ceux qui implorent d'autres dieux ne seront point exaucés.
Ils ressemblent au voyageur qui, pressé par la soif, tend la main vers l'eau qu'il ne
peut atteindre. L'invocation des infidèles se perd dans la nuit de l'erreur. (Sourate
XIII, v. 10 à 15.)
Ne dis jamais : « Je ferai cela demain, » sans ajouter : « Si c'est la vo-- 328 -
lonté de Dieu. » Elève vers lui ta pensée, lorsque tu as oublié quelque chose, et
dis : « Peut-être qu'il m'éclairera et qu'il me fera connaître la vérité. (Sourate XVIII,
v. 23.)
Si les flots de la mer se changeaient en encre pour décrire les louanges du
Seigneur, ils seraient épuisés avant d'avoir célébré toutes ses merveilles. Un autre
océan semblable ne suffirait point encore. (Sourate XVIII, v. 109.)
Celui qui cherche la vraie grandeur la trouve en Dieu, source de toutes les
perfections. Les discours vertueux montent vers son trône. Il exalte les bonnes
œuvres ; il punit rigoureusement le scélérat qui trame des perfidies.
Non, le ciel ne révoque jamais l'arrêt qu'il a prononcé. - N'ont-ils pas parcouru la
terre ? n'ont-ils pas vu quelle a été la fin déplorable des peuples qui, avant eux,
marchèrent dans les voies d'iniquité ? Ces peuples étaient plus forts et plus
puissants qu'ils ne sont. Mais rien dans les cieux et sur la terre ne peut s'opposer
aux volontés du Très-Haut. La science et la force sont ses attributs. - Si Dieu
punissait les hommes dès l'instant qu'ils sont coupables, il ne resterait point sur la
terre d'être animé. Il diffère les châtiments jusqu'au terme marqué. - Lorsque le
temps est venu, il distingue les actions de ses serviteurs. (Sourate XXXV, v. 11, 41 à
45.)
Ces citations suffisent pour montrer le profond sentiment de piété qui
animait Mahomet, et l'idée grande et sublime qu'il se faisait de Dieu. Le
Christianisme pourrait revendiquer ce tableau.
Mahomet n'a point enseigné le dogme de la fatalité absolue, ainsi
qu'on le croit généralement. Cette croyance, dont sont imbus les
musulmans et qui paralyse leur initiative en maintes circonstances, n'est
qu'une fausse interprétation et une fausse application du principe de la
soumission à la volonté de Dieu poussé hors de ses limites rationnelles ;
ils ne comprennent pas que cette soumission n'exclut pas l'exercice des
facultés de l'homme, et il leur manque pour correctif la maxime : Aidetoi,
le ciel t'aidera.
Les passages suivants ont trait à des points particuliers de doctrine.
Dieu a un fils, disent les Chrétiens. Loin de lui ce blasphème ! Tout ce qui est
dans les cieux et sur la terre lui appartient. Tous les êtres obéissent à sa voix.
(Sourate II, v. 110.)
O vous qui avez reçu les Ecritures, ne passez pas les bornes de la foi ; ne dites
de Dieu que la vérité. Jésus est fils de Marie, l'envoyé du Très-Haut et son Verbe.
Il l'a fait descendre dans le sein de Marie ; il est son souffle. Croyez en Dieu et en
ses apôtres ; mais ne dites pas qu'il y a une trinité en Dieu. Il est un : cette croyance
vous sera plus sûre. Loin qu'il ait un fils, il gouverne seul le ciel et la terre ; il se
suffit à lui-même. - Le Messie ne rougira pas d'être le serviteur de Dieu, pas plus
que les anges qui entourent son trône et lui obéissent. (Sourate IV, v. 169, 170.)
Ceux qui soutiennent la trinité de Dieu sont blasphémateurs ; il n'y a qu'un seul
Dieu. S'ils ne changent de croyance, un supplice douloureux sera le prix de leur
impiété. (Sourate V, v. 77.)
Les Juifs disent qu'Ozaï est le fils de Dieu. Les Chrétiens disent la même chose
du Messie. Ils parlent comme les infidèles qui les ont précédés. Le ciel punira leurs
blasphèmes. - Ils appellent seigneurs leurs pontifes, leurs- 329 -
moines, et le Messie fils de Marie. Mais il leur est recommandé de servir un seul
Dieu : Il n'y en a point d'autre. Anathème sur ceux qu'ils associent à son culte.
(Sourate IX, v. 30, 31.)
Dieu n'a point de fils ; il ne partage point l'empire avec un autre Dieu. S'il en
était ainsi, chacun d'eux voudrait s'approprier sa création et s'élever au-dessus de
son rival. Louange au Très-haut ! Loin de lui ces blasphèmes ! (Sourate XXII, v.
93.)
Déclare, ô Mahomet, ce que le ciel t'a révélé. - L'assemblée des génies ayant
écouté la lecture du Coran, s'écria : « Voilà une doctrine merveilleuse. - Elle
conduit à la vraie foi. Nous croyons en elle, et nous ne donnons pas d'égal à Dieu. -
Gloire à sa Majesté suprême ! Dieu n'a point d'épouse ; il n'a point enfanté. »
(Sourate LXXII, v. 1 à 4.)
Dites : « Nous croyons en Dieu, au livre qui nous a été envoyé, à ce qui a été
révélé à Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et aux douze tribus. Nous croyons à la
doctrine de Moïse, de Jésus et des prophètes ; nous ne mettons aucune différence
entre eux, et nous sommes musulmans. » (Sourate II, v. 130.)
Il n'y a de Dieu que le Dieu vivant et éternel. - Il t'a envoyé le livre qui renferme
la vérité, pour confirmer la vérité des Ecritures qui l'ont précédé. Avant lui, il fit
descendre le Pentateuque et l'Evangile pour servir de guides aux hommes ; il a
envoyé le Coran des cieux. - Ceux qui nieront la doctrine divine ne doivent
s'attendre qu'à des supplices ; Dieu est puissant et la vengeance est dans ses mains.
(Sourate III, v. 1, 2, 3.)
Il en est qui disent : « Nous avons fait serment à Dieu de ne croire à aucun
prophète, à moins que l'offrande qu'il présente ne soit confirmée par le feu du
ciel. » - Réponds-leur : « Vous aviez des prophètes avant moi ; ils ont opéré des
miracles, et celui-là même dont vous parlez. Pourquoi alors avez-vous teint vos
mains de leur sang, si vous dites la vérité ? - S'ils nient ta mission, ils ont traité de
même les apôtres qui t'ont précédé, quoiqu'ils fussent doués du don des miracles et
qu'ils eussent apporté le livre qui éclaire (l'Evangile) et le livre des psaumes.
(Sourate III, v. 179 à 181.)
Nous t'avons inspiré, comme nous avons inspiré Noé, les prophètes, Abraham,
Ismaël, Isaac, Jacob, les tribus, Jésus, Job, Jonas, Aaron et Salomon. Nous avons
donné les psaumes de David. (Sourate IV, v. 161.)
Dans maints autres endroits, Mahomet parle dans le même sens et
avec le même respect des prophètes, de Jésus et de l'Évangile ; mais il
est évident qu'il s'est mépris sur le sens attaché à la Trinité, et à la qualité
de fils de Dieu qu'il prend à la lettre. Si ce mystère est incompréhensible
pour tant de chrétiens, et s'il a soulevé tant de commentaires et de
controverses parmi eux, on ne doit pas s'étonner que Mahomet ne l'ait
pas compris. Dans les trois personnes de la Trinité il a vu trois dieux, et
non un seul Dieu en trois personnes distinctes ; dans le fils de Dieu, il a
vu une procréation ; or, l'idée qu'il se faisait de l'Etre suprême était si
grande, que la moindre parité entre Dieu et un être quelconque, et l'idée
qu'il pouvait partager sa puissance, lui semblait un blasphème. Jésus ne
s'étant jamais donné comme Dieu, et n'ayant point parlé de la Trinité,
ces dogmes lui parurent une dérogation aux paroles mêmes du Christ. Il
vit dans Jésus et l'Évan-- 330 -
gile la confirmation du principe de l'unité de Dieu, but qu'il poursuivait
lui-même ; c'est pourquoi il les avait en grande estime, tandis qu'il
accusait les Chrétiens de s'être écartés de cet enseignement, en
fractionnant Dieu et en déifiant son messie. Aussi se dit-il envoyé après
Jésus pour ramener les hommes à l'unité pure de la divinité. Toute la
partie dogmatique du Coran repose sur ce principe qu'il répète à chaque
pas.
L'Islamisme ayant ses racines dans l'ancien et le nouveau Testament,
en est une dérivation ; on peut le considérer comme une des nombreuses
sectes nées des dissidences qui surgirent dès l'origine du christianisme
touchant la nature du Christ, avec cette différence que l'Islamisme,
formé en dehors du christianisme, a survécu à la plupart de ces sectes, et
compte aujourd'hui cent millions de sectateurs.
Mahomet venait combattre à outrance, dans sa propre nation, la
croyance en plusieurs dieux, pour y rétablir le culte abandonné du Dieu
unique d'Abraham et de Moïse ; l'anathème qu'il a lancé contre les
infidèles et les impies avait surtout pour objet la grossière idolâtrie
professée par ceux de sa race, mais il frappait par contre-coup les
Chrétiens. Telle est la cause du mépris des Musulmans pour tout ce qui
porte le nom de chrétien, malgré leur respect pour Jésus et l'Evangile. Ce
mépris s'est transformé en haine sous l'influence du fanatisme entretenu
et surexcité par leurs prêtres. Disons aussi que, de leur côté, les
Chrétiens ne sont pas sans reproches, et qu'ils ont eux-mêmes alimenté
cet antagonisme par leurs propres agressions.
Tout en blâmant les Chrétiens, Mahomet n'avait point pour eux des
sentiments hostiles, et dans le Coran même il recommande d'user envers
eux de ménagements, mais le fanatisme les a englobés dans la
proscription générale des idolâtres et des infidèles dont la présence ne
doit point souiller les sanctuaires de l'Islamisme, c'est pourquoi l'entrée
des mosquées, de la Mecque et des lieux saints leur est interdite. Il en fut
de même à l'égard des Juifs, et si Mahomet les a rudement châtiés à
Médine, c'est qu'ils s'étaient ligués contre lui. Du reste, nulle part, dans
le Coran, on ne trouve l'extermination des Juifs et des Chrétiens érigée
en devoir, ainsi qu'on le croit généralement. Il serait donc injuste de lui
imputer les maux causés par le zèle inintelligent et les excès de ses
successeurs.
Nous t'avons inspiré d'embrasser la religion d'Abraham, qui reconnaît l'unité de
Dieu et qui n'adore que sa majesté suprême. - Emploie la voix de la sagesse et la
force de la persuasion pour appeler les hommes à Dieu. Combats avec les armes de
l'éloquence. Dieu connaît parfaitement ceux qui ont dans l'égarement et ceux qui
marchent au flambeau de la foi. (Sourate XVI, v. 124, 126.)
S'ils t'accusent d'imposture, réponds-leur : « J'ai pour moi mes œuvres ; que les
vôtres parlent en votre faveur. Vous ne serez point responsables- 331 -
de ce que je fais, et moi, je suis innocent de ce que vous faites. (Sourate X, v. 42.)
Quand s'accompliront tes menaces ? demandent les infidèles. Marque-nous en le
terme, si tu es véridique. Réponds-leur : « Les trésors et les vengeances célestes ne
sont pont dans mes mains ; Dieu seul en est le dispensateur. Chaque nation a son
terme fixé ; elle ne saurait ni le hâter, ni le retarder un instant. » (Sourate X, v. 49,
50.)
Si l'on nie ta doctrine, sache que les prophètes venus avant toi subirent le même
sort, quoique les miracles, la tradition et le livre qui éclaire (l'Evangile) attestassent
la vérité de leur mission. (Sourate XXXV, v. 23.)
L'aveuglement des infidèles te surprend, et ils rient de ton étonnement. - En vain
tu veux les instruire : leur cœur rejette l'instruction. - S'ils voyaient des miracles, ils
s'en moqueraient ; - ils les attribueraient à la magie. (Sourate XXXVII, v. 12 à 15.)
Ce ne sont pas là les ordres d'un Dieu sanguinaire qui commande
l'extermination. Mahomet ne se fait point l'exécuteur de sa justice ; son
rôle est d'instruire ; à Dieu seul appartient de punir ou de récompenser
en ce monde et en l'autre. Le dernier paragraphe semble être écrit pour
les Spirites de nos jours, tant les hommes sont toujours et partout les
mêmes.
Faites la prière, donnez l'aumône ; le bien que vous ferez, vous le trouverez
auprès de Dieu, parce qu'il voit vos actions. (Sourate II, v. 104.)
Il ne suffit pas, pour être justifié, de tourner son visage vers l'orient et
l'occident ; il faut en outre croire à Dieu, au jour dernier, aux anges, au Coran, aux
prophètes. Il faut pour l'amour de Dieu secourir ses proches, les orphelins, les
pauvres, les voyageurs, les captifs et ceux qui demandent. Il faut faire la prière,
garder sa promesse, supporter patiemment l'adversité et les maux de la guerre. Tels
sont les devoirs des vrais croyants. (Sourate II, v. 172.)
Une parole honnête et le pardon des offenses sont préférables à l'aumône
qu'aurait suivie l'injustice. Dieu est riche et clément. (Sourate II, v. 265.)
Si votre débiteur a de la peine à vous payer, donnez-lui du temps ; ou, si vous
voulez mieux faire, remettez-lui la dette. Si vous saviez ! (Sourate II, v. 280.)
La vengeance doit être proportionnée à l'injure ; mais l'homme généreux qui
pardonne a sa récompense assurée auprès de Dieu, qui hait la violence. (Sourate
XLII, v. 38.)
Combattez vos ennemis dans la guerre entreprise pour la religion, mais
n'attaquez pas les premiers ; Dieu hait les agresseurs. (Sourate II, v. 186.)
Certainement les Musulmans, les Juifs, les Chrétiens et les Sabéens, qui croient
en Dieu et au jugement dernier, et qui feront le bien, en recevront la récompense
de ses mains ; ils seront exempts de la crainte et des supplices. (Sourate V, v. 73.)
Ne faites point violence aux hommes à cause de leur foi. La voie du salut est
assez distincte du chemin de l'erreur. Celui qui abjurera le culte des idoles pour la
religion sainte aura saisi une colonne inébranlable. Le Seigneur sait et entend tout.
(Sourate II, v. 257.)
Ne disputez avec les Juifs et les Chrétiens qu'en termes honnêtes et modérés.
Confondez ceux d'entre eux qui sont impies. Dites : Nous croyons- 332 -
au livre qui nous a été révélé et à vos écritures. Notre Dieu et le vôtre ne font
qu'un. Nous sommes musulmans. (Sourate XXIX, v. 45.)
Les Chrétiens seront jugés d'après l'Evangile ; ceux qui les jugeront autrement
seront prévaricateurs. (Sourate V, v. 51.)
Nous donnâmes le Pentateuque à Moïse. C'est à sa lumière que doit marcher le
peuple hébreu. Ne doute pas de rencontrer au ciel le guide des Israélites. (Sourate
XXXII, v. 23.)
Si les juifs avaient la foi et la crainte du Seigneur, nous effacerions leurs
péchés ; nous les introduirions dans le jardin des délices. L'observation du
Pentateuque, de l'Evangile et des préceptes divins leur procurerait la jouissance de
tous les biens. Il en est parmi eux qui marchent dans la bonne voie, mais la plupart
sont impies. (Sourate V, v. 70.)
Dis aux Juifs et aux Chrétiens : « Terminons nos différends ; n'admettons qu'un
Dieu, et ne lui donnons point d'égal ; qu'aucun de nous n'ait d'autre Seigneur que
lui. » S'ils refusent d'obéir, dis-leur : « Vous rendrez du moins témoignage que,
quant à nous, nous sommes croyants. (Sourate III, v. 57.)
Voilà certes des maximes de charité et de tolérance qu'on aimerait à
voir dans tous les cœurs chrétiens !
Nous t'avons envoyé à un peuple que d'autres peuples ont précédé, afin que tu
lui enseignes nos révélations. Ils ne croient point aux miséricordieux. Dis-leur : « Il
est mon Seigneur ; il n'y a de Dieu que lui. J'ai mis ma confiance en sa bonté. Je
reparaîtrai devant son tribunal. (Sourate XIII, v. 29.)
Nous avons apporté aux hommes un livre où brille la science qui doit éclairer les
fidèles et leur procurer la miséricorde divine. – Attendent-ils l'accomplissement du
Coran ? Le jour où il sera accompli, ceux qui auront vécu dans l'oubli de ses
maximes diront : « Les ministres du Seigneur nous prêchaient la vérité. Où
trouverons-nous maintenant des intercesseurs ? Quel espoir avons-nous de
retourner sur la terre pour nous corriger ? Ils ont perdu leurs âmes, et leurs
illusions se sont évanouies. (Sour. VII, v. 50, 51.)
Le mot reparaître implique l'idée d'avoir déjà paru ; c'est-à-dire
d'avoir vécu avant l'existence actuelle. Mahomet l'exprime clairement
quand il dit ailleurs : « Vous reparaîtrez devant lui et il vous montrera
vos œuvres. Vous retournerez devant le Dieu de vérité. » C'est le fond
de la doctrine de la préexistence de l'âme, tandis que, selon l'Eglise,
l'âme est créée à la naissance de chaque corps. La pluralité des
existences terrestres n'est point indiquée dans le Coran d'une manière
aussi explicite que dans l'Evangile ; cependant l'idée de revivre sur la
terre est entrée dans la pensée de Mahomet, puisque tel serait, selon lui,
le désir des coupables pour se corriger. Il a donc compris qu'il serait utile
de pouvoir recommencer une nouvelle existence.
Quand on leur demande : Croyez-vous à ce que Dieu a envoyé du ciel ? Ils
répondent : « Nous croyons aux Ecritures que nous avons reçues ; » et ils rejettent
le livre véritable, venu depuis, pour mettre le sceau à leurs livres sacrés. Dis-leur :
« Pourquoi avez-vous tué les prophètes si vous aviez la foi ? (Sourate II, v. 85.)- 333 -
Mahomet n'est le père d'aucun de vous. Il est l'envoyé de Dieu et le sceau des
prophètes. La science de Dieu est infinie. (Sourate XXXIII, v. 40.)
En se donnant comme le sceau des prophètes, Mahomet annonce qu'il
est le dernier, la conclusion, parce qu'il a dit toute la vérité ; après lui il
n'en viendra plus d'autres. C'est là un article de foi chez les Musulmans.
Au point de vue inclusivement religieux, il est tombé dans l'erreur de
toutes les religions qui se croient inamovibles, même contre le progrès
des sciences ; mais pour lui c'était presque une nécessité afin d'affermir
l'autorité de sa parole chez un peuple qu'il avait eu tant de peine à
convertir à sa foi. Au point de vue social c'était un tort, parce que le
Coran étant une législation civile autant que religieuse, il a posé un point
d'arrêt au progrès. Telle est la cause qui a rendu et rendra longtemps
encore les peuples musulmans stationnaires, et réfractaires aux
innovations et aux réformes qui ne sont pas dans le Coran. C'est un
exemple de l'inconvénient qu'il y a de confondre ce qui doit être distinct.
Mahomet n'a pas tenu compte du progrès humain ; c'est une faute
commune à presque tous les réformateurs religieux. D'un autre côté, il
avait à réformer non-seulement la foi, mais le caractère, les usages, les
habitudes sociales de ses peuples ; il lui fallait appuyer ses réformes sur
l'autorité de la religion, ainsi que l'ont fait tous les législateurs des
peuples primitifs ; la difficulté était grande, sans doute ; cependant, il
laisse une porte ouverte à l'interprétation et aux modifications, en disant
que « Dieu peut toujours remplacer ce qu'il a donné par quelque chose
de mieux. »
Il vous est interdit d'épouser vos mères, vos filles, vos sœurs, vos tantes
paternelles et maternelles, vos nièces, vos nourrices, vos sœurs de lait, les mères de
vos femmes, les filles confiées à votre tutelle et issues de femmes avec lesquelles
vous auriez cohabité. N'épousez pas non plus les filles de vos fils que vous avez
engendrés, ni deux sœurs. Il vous est défendu d'épouser des femmes mariées,
excepté celles qui seraient tombées entre vos mains comme esclaves. (Sourate IV,
v. 27 et suiv.)
Ces prescriptions peuvent donner une idée de la démoralisation de ces
peuples ; pour être obligé de défendre de tels abus, il fallait qu'ils
existassent.
Epouses du Prophète, restez au sein de vos maisons. Ne vous parez point
fastueusement, comme aux jours de l'idolâtrie. Faites la prière et l'aumône.
Obéissez à Dieu et à son apôtre. Il veut écarter le vice de vos cœurs. Vous êtes de
la famille du Prophète, et vous devez être pures. - Zeid répudia son épouse. Nous
t'avons uni avec elle, afin que les fidèles aient la liberté d'épouser les femmes de
leurs fils adoptifs, après la répudiation. Le précepte divin doit avoir son exécution.
- O prophète, il t'est permis d'épouser les femmes que tu auras dotées, les captives
que Dieu a fait tomber dans tes mains, les filles de tes oncles et de tes tantes qui
ont pris la fuite avec toi, et toute femme fidèle qui t'accordera son cœur. C'est- 334 -
un privilège que nous t'accordons. - Tu n'ajouteras point au nombre actuel de tes
épouses ; tu ne pourras les changer contre d'autres dont la beauté t'aurait frappé.
Mais la fréquentation de tes femmes esclaves t'est toujours permise. Dieu observe
tout. (Sourate XXXIII, v. 37, 49, 52.)
C'est ici que Mahomet descend véritablement du piédestal sur lequel il
était monté. On regrette de le voir tomber si bas après s'être élevé si
haut, et faire intervenir Dieu pour justifier les privilèges qu'il s'octroyait
pour l'assouvissement de ses passions. Il accordait aux croyants quatre
femmes légitimes, alors que lui-même s'en était donné treize. Le
législateur doit être le premier sujet des lois qu'il fait. C'est une tache
ineffaçable qu'il a jetée sur lui et sur l'Islamisme.
Efforcez-vous de mériter l'indulgence du Seigneur, et la possession du paradis,
dont l'étendue égale les cieux et la terre, séjour préparé aux justes, - à ceux qui font
l'aumône dans la prospérité et dans l'adversité, et qui, maîtres des mouvements de
leur colère, savent pardonner à leurs semblables. Dieu aime la bienfaisance.
(Sourate III, v. 127, 128.)
Dieu a promis aux fidèles qui auront pratiqué la vertu l'entrée des jardins où
coulent des fleuves. Ils y demeureront éternellement. Les promesses du Seigneur
sont véritables. Quoi de plus infaillible que sa parole ? (Sourate IV, v. 121.)
Ils habiteront éternellement le séjour que Dieu leur a préparé, les jardins de
délices arrosés par des fleuves, lieux où règnera la souveraine béatitude. (Sourate
IX, v. 90.)
Les jardins et les fontaines seront le partage de ceux qui craignent le Seigneur.
Ils entreront avec la paix et la sécurité. - Nous ôterons l'envie de leurs cœurs. Ils
reposeront sur des lits, et ils auront les uns pour les autres une bienveillance
fraternelle. - La fatigue n'approchera point du séjour des délices. On ne leur en
ravira point la possession. (Sourate XV, v. 45 à 48.)
Les jardins d'Eden seront l'habitation des justes. Des bracelets d'or ornés de
perles, et des habits de soie formeront leur parure. - Louange à Dieu, s'écrierontils
; il a écarté de nous la peine ; il est miséricordieux et compatissant. - Il nous a
introduits dans le palais éternel, séjour de sa magnificence. La fatigue ni la douleur
n'approchent point de cet asile. (Sourate XXXV, v. 30, 31, 32.)
Les hôtes du paradis boiront à longs traits dans la coupe du bonheur. - Couchés
sur des lits de soie, ils reposeront près de leurs épouses, sous des ombrages
délicieux. - Ils trouveront tous les fruits. Tous leurs désirs seront comblés. (Sourate
XXXVI, v. 55, 56, 57.)
Les vrais serviteurs de Dieu auront une nourriture choisie, - des fruits exquis, et
ils seront servis avec honneur. - Les jardins des délices seront leur asile. - Pleins
d'une bienveillance mutuelle, ils reposeront sur des sièges. - On leur offrira des
coupes remplies d'une eau pure, - limpide et d'un goût délicieux, - qui n'obscurcira
point leur raison, et ne les enivrera pas. - Près d'eux seront des vierges aux regards
modestes, aux grands yeux noirs et dont le teint aura la couleur des œufs de
l'autruche. (Sourate XXXVII, v. 39 à 47.)
On dira aux croyants qui auront professé l'Islamisme : Entrez dans le jardin des
délices, vous et vos épouses ; ouvrez vos cœurs à la joie. – On- 335 -
leur présentera à boire dans des coupes d'or. Le cœur trouvera dans ce séjour tout
ce qu'il peut désirer, l'œil tout ce qui peut le charmer, et ces plaisirs seront éternels.
- Voici le paradis dont vos œuvres vous ont procuré la possession. – Nourrissezvous
des fruits qui y croissent en abondance. (Sourate XLIII, v. 69 à 72.)
Tel est ce fameux paradis de Mahomet sur lequel on s'est tant égayé,
et que nous ne chercherons assurément pas à justifier. Nous dirons
seulement qu'il était en harmonie avec les mœurs de ces peuples, et qu'il
devait les flatter bien plus que la perspective d'un état purement spirituel,
quelque splendide qu'il fût, parce qu'ils étaient trop matériels pour le
comprendre et en apprécier la valeur ; il leur fallait quelque chose de
plus substantiel, et on peut dire qu'ils ont été servis à souhait. On
remarquera sans doute que les fleuves, les fontaines, les fruits abondants
et les ombrages y jouaient un grand rôle, car c'est là ce qui manque
surtout aux habitants du désert. Des lits moelleux et des habits de soie,
pour des gens habitués à coucher sur la terre et vêtus de grossières
couvertures en poil de chameau, devaient aussi avoir un grand attrait.
Quelque ridicule que tout cela nous paraisse, songeons au milieu où
vivait Mahomet, et ne le blâmons pas trop, puisqu'à l'aide de cet appât, il
a su tirer un peuple de la barbarie et en faire une grande nation.
Dans un prochain article nous examinerons comment l'Islamisme
pourra se rallier à la grande famille de l'humanité civilisée.
___________


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